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Les urgences oculaires

Quelles anomalies oculaires doivent me faire consulter mon vétérinaire en urgence ?

Votre animal est rentré du jardin l’œil fermé ? Il présente un écoulement oculaire important depuis la promenade ? Une couleur inhabituelle de son œil est apparue depuis qu’il a reniflé au pied des pins ?
Il peut s’agir d’une urgence oculaire nécessitant l’avis d’un vétérinaire.

Qu’est-ce qu’une urgence oculaire ?

C’est une atteinte à court ou moyen terme des structures oculaires ou péri-oculaires pouvant menacer leur intégrité. Ces urgences nécessitent, le plus rapidement possible, un examen médical approfondi par un vétérinaire avec du matériel spécifique. Votre vétérinaire va procéder à un examen ophtalmologique complet : il va examiner la forme et la position des structures oculaires, tester la vision de l’animal et ses réactions vis -à -vis de la lumière. Un examen approfondi des différents segments oculaires, notamment à l’aide d’une lampe à fente portative peut être nécessaire.

Rappels anatomiques

Schéma d’un œil et de ses annexes en coupe (1)

L’urgence oculaire peut concerner les paupières, la cavité orbitaire, les conjonctives voire l’œil lui-même, avec des atteintes de la cornée ou des structures oculaires internes.

Modifications anatomiques majeures

Il peut s’agir d’une atteinte traumatique des paupières avec des plaies ou des contusions suite à une bagarre avec un congénère ou suite à un choc.
Dans d’autres cas, on peut observer un déplacement du globe oculaire vers l’extérieur (luxation), déplacement dû à un choc ou secondaire à une cause sous-jacente. Dans les cas les plus sévères, le globe pend hors de la cavité orbitaire (prolapsus) et nécessite une intervention sans délai, l’animal étant en état de choc.

Luxation du globe oculaire chez un chien brachycéphale.
Les races brachycéphales (chiens à face aplatie, à museau très court) sont prédisposées aux luxations du globe oculaire (2)

L’œil rouge

Un œil rouge est souvent associé à une gêne importante pour l’animal et doit vous faire consulter votre vétérinaire en urgence. Il peut s’accompagner de douleur et de démangeaisons notables. En se grattant avec sa patte ou en se frottant la tête sur le tapis ou le canapé, votre animal risque d’aggraver des lésions déjà présentes voire de créer de nouvelles lésions « auto-infligées ». Il peut alors être utile de mettre en place une collerette si vous en possédez une à la maison et de réaliser un lavage oculaire doux au sérum physiologique, en attendant l’avis de votre vétérinaire.

 

La collerette permet d’attendre l’avis du vétérinaire sans risquer pour l’animal d’aggraver son état

La rougeur oculaire peut avoir diverses causes :

Une conjonctivite peut être à l’origine d’une rougeur oculaire. Les conjonctivites peuvent être d’origine allergique ou encore infectieuse comme notamment, chez le chat, lors de syndrome coryza. Le coryza est une maladie liée à l’association de plusieurs virus et bactéries et qui peut avoir de multiples conséquences, notamment oculaires. La gêne occasionnée par cette pathologie chez votre chat vous alertera.

Une uvéite (baisse de pression intra-oculaire) ou un glaucome (augmentation de pression intra-oculaire) peuvent également provoquer une rougeur de l’œil. Ces variations de pression interne du globe oculaire sont elles-mêmes provoquées par une atteinte des structures de production et d’évacuation de l’humeur aqueuse (liquide biologique transparent qui occupe la chambre postérieure et la chambre antérieure de l’œil). Ces affections sont sérieuses et mettent en péril la vision de votre animal. Une perte définitive de la vision peut, dans certains cas, survenir en seulement 48 heures sans traitement. Il est à noter que certaines races sont prédisposées aux atteintes glaucomateuses comme l’Akita Inu, le Bichon frisé, le Caniche, le Chihuahua, le Flat-Coated retriever, le Golden retriever, le Jack Russell terrier, le Labrador, le Teckel, le Chow-Chow, le Shar-Peï, le Cocker américain, le Basset Hound ou encore le Boston Terrier.

Le Shar-Peï est prédisposé au glaucome primaire à angle ouvert et à la luxation du cristallin caractérisés par des douleurs oculaires, clignements des yeux, larmoiements, rougeurs et une perte de vision soudaine (6)

La présence de sang dans l’œil (hyphéma) est impressionnante et associée à une uvéite : elle doit vous faire consulter en urgence votre vétérinaire.
Enfin, l’œil rouge peut être secondaire à d’autres affections oculaires (ulcères de la cornée, réaction urticante aux chenilles processionnaires, traumatisme) ou péri-oculaires (atteinte de l’orbite, tumeur autour ou dans le globe oculaire…). L’examen clinique attentif et le questionnement du propriétaire permettront au vétérinaire voyant l’animal en urgence de mettre en évidence une cause sous-jacente responsable de la rougeur oculaire.

Les atteintes de la cornée

Un ulcère cornéen est une plaie de la cornée plus ou moins profonde. Sa gestion, a minima médicale, doit être réalisée en urgence. Il est très important de déterminer la profondeur de la perte de substance à l’examen.

Les différents types d’ulcères de la cornée en fonction de leur profondeur (7)

Des germes et débris colonisent cette plaie de la cornée et peuvent s’accompagner d’une fonte de la cornée (kératomalacie) dans les cas les plus sévères. L’évolution d’un ulcère peut aller jusqu’à une perforation (œil crevé) en cas d’infection non contrôlée ou de traumatisme perforant. Les cas de griffures oculaires sont fréquents, d’autant plus qu’un nouveau chiot curieux est venu rejoindre le foyer du chat. Des corps étrangers peuvent aussi venir se ficher dans la cornée (épines, morceaux de griffe) ou perforer le globe oculaire (plomb). Ces cas constituent alors de véritables urgences oculaires nécessitant une chirurgie spécialisée.

Les baisses ou pertes visuelles brutales

Le caractère soudain d’une baisse ou d’une perte de vision doit motiver une consultation en urgence.
La rétine, située au pôle postérieur du globe oculaire, est composée de cellules codant l’information lumineuse reçue à travers le globe oculaire en signal électrique pour le cerveau. Toute atteinte située sur le trajet des rayons lumineux (opacité cornéenne, cristallinienne, vitréenne), toute atteinte de la rétine (décollement, inflammation), du nerf optique ou encore de l’étage cérébral peut générer une baisse ou perte visuelle plus ou moins brutale.
Le recueil des commémoratifs, l’examen clinique général de l’animal et l’examen ophtalmologique complet permettront d’en déterminer la localisation précise afin d’envisager une prise en charge et d’évaluer la possible récupération visuelle.

Schéma et image de fond d’œil illustrant un décollement rétinien complet (4)

En conclusion, tout œil qui coule de manière inhabituelle, tenu fermé ou de couleur modifiée doit motiver une consultation en urgence chez votre vétérinaire. Un contrôle attentif de l’évolution des lésions sera ensuite nécessaire. Bien des solutions existent avant d’envisager la perte définitive d’un œil, d’autant plus que la prise en charge aura été rapide !

Sources images

(1) https://www.tvm.fr/wp-content/uploads/2019/01/Dépliant-sénescence-cristallinienne TVM.pdf
(2) http://www.ophtavet.com/Medcom Ophtavet/atlas/Luxation Globe Oculaire.jpg
(3) https://www.tvm.fr/wp-content/uploads/2019/01/Poster-oeil.jpg
(4) http://www.ophtavet.com/Medcom_Ophtavet/atlas/DecollementRetinien.jpg

 

Auteure et illustratrice : Dr. Guillemette Bataille – Vetup®

 

Le globe vésical chez le chat

L’apparition d’un globe vésical résulte de l’accumulation anormale d’urine dans la vessie d’un animal. Certaines pathologies empêchent une évacuation correcte des urines et il devient même parfois totalement impossible pour l’animal de faire pipi.

S’ensuit une absence de vidange de la vessie, une augmentation de volume de cette dernière qui se distend jusqu’à devenir énorme, dure et extrêmement douloureuse : on parle de “globe vésical”. Ce type de trouble est relativement fréquent chez les chats mâles, plus exposés de par leur anatomie. Un globe vésical s’accompagne de très graves conséquences pour l’organisme et doit être traité de toute urgence pour éviter le décès du chat.

Cet article n’évoquera que les anomalies de vidange vésicale ayant une origine anatomique et non liées à un dysfonctionnement des nerfs innervant la vessie ou des muscles vésicaux.

Quelques rappels anatomiques

L’urine permet d’éliminer divers déchets (dont l’urée) ainsi que des minéraux et l’eau présents en excès dans l’organisme. Elle est produite dans les reins puis progresse par deux canaux appelés uretères jusqu’à la vessie où elle est stockée. Lors de la miction, c’est-à-dire lorsque l’animal vidange sa vessie, l’urine passe de la vessie vers l’extérieur en traversant un conduit appelé urètre.

 


Illustration provenant du site catedog.com

 

Si quelque chose empêche le passage normal des urines dans l’urètre, ces dernières s’accumulent dans la vessie. Chez le chat mâle, l’urètre est un conduit long et étroit (comparativement à celui de la femelle), ce qui augmente de façon importante le risque d’obstruction.

Quels signes doivent vous alerter ?

Certains symptômes sont évocateurs de troubles urinaires et doivent vous amener à consulter votre vétérinaire pour vérifier la possible présence d’un globe vésical.
Il peut s’agir de :

Troubles de la miction

Le chat peut présenter :

  • Des difficulté à uriner (dysurie) : Il se place en position sur sa litière mais n’émet que des jets d’urine faibles et/ou saccadés voire rien du tout (on parle d’anurie)
    Il va très fréquemment sur sa litière et y reste longtemps
  • Des signes de douleurs (strangurie) : le chat se lèche très fréquemment en région uro-génitale et se plaint (miaulements) lorsqu’il tente de faire pipi.
  • Du sang dans les urines (hématurie) lorsqu’il parvient à émettre quelques gouttes
  • Un abdomen tendu et douloureux

Ces symptômes sont malheureusement plus difficiles à déceler pour un chat qui fait ses besoins à l’extérieur.

Symptômes plus généraux

  • Du fait de la douleur, l’animal a moins d’appétit
  • Dans les cas plus avancés, le chat présente un abattement, des nausées, des vomissements et de l’anorexie
  • L’accumulation d’urine dans la vessie provoque une accumulation d’urée, de créatinine, de phosphates, de potassium et d’ions hydrogènes (qui sont normalement éliminés lors des mictions) dans la vessie puis dans le sang. Ces substances, toxiques en quantité trop élevée, entraînent de nombreux dysfonctionnements tels que de l’abattement, une hypothermie, une baisse du niveau de conscience qui peut aller jusqu’à un coma et des troubles cardiovasculaires pouvant entraîner le décès de l’animal.

La présence d’un globe vésical est donc une affection très grave qui s’accompagne d’un pronostic réservé. L’observation, chez votre animal, d’un ou plusieurs des signes évocateurs cités précédemment doit donc vous inciter à consulter un vétérinaire de toute urgence.

Quelles sont les causes de rétention urinaire

L’absence d’écoulement des urines peut avoir plusieurs origines chez le chat mâle

Elle est, dans la plupart des cas, liée à la présence d’un obstacle physique qui obstrue l’urètre.
Il peut s’agir :

  • D’un bouchon muqueux (petit amas composé de protéines, de cellules et de cristaux qui prend la forme d’un tube et bouche l’urètre)
  • De calculs urétraux : Chez le chat, une modification du pH des urines peut provoquer l’apparition de cristaux urinaires. Il peut s’agir de cristaux de différents types : struvites ou « phosphates ammoniaco-magnésiens », oxalates de calcium, urates, cystine…
    Ces cristaux peuvent s’agglomérer en calculs (urolithes) qui peuvent venir se déposer dans l’urètre et boucher cet étroit conduit.
  • Plus rarement, d’une tumeur, d’un corps étranger ou d’une sténose (rétrécissement du conduit urétral)


Illustration dessinée par Fabrize

 

Mais l’obstruction peut également résulter d’une obstruction fonctionnelle, notamment lors de cystite (inflammation de la vessie). L’anomalie d’écoulement des urines peut alors être liée à la présence d’un spasme urétral, d’œdème…

Diagnostic

La description des troubles que vous avez observés chez votre chat va aider à orienter le diagnostic du vétérinaire.
Ce dernier peut réaliser différents types d’examens pour confirmer la présence d’une obstruction urinaire et rechercher sa cause :

Une palpation abdominale : pour pouvoir constater la présence d’un globe vésical.
Des radiographies abdominales (sans ou avec contraste) : pour mettre en évidence la présence d’éventuels cristaux
Une échographie abdominale
Un bilan sanguin (biochimie, ionogramme, hématologie) pour rechercher les complications provoquées par l’obstruction urinaire
Une analyse cytobactériologique de l’urine pour déterminer le désordre en cause, découvrir la nature des cristaux éventuellement présents dans la vessie (struvites ou « phosphates ammoniaco-magnésiens », oxalates de calcium, urates, cystine), déceler des cellules tumorales ou la présence de bactéries.
Dans les rares cas de globes vésicaux liés à une infection bactérienne, un antibiogramme pour choisir le meilleur antibiotique sera réalisé

Traitement

Lorsque l’état général du chat est altéré, l’animal est placé sous perfusion puis le vétérinaire procède à un sondage urinaire sous anesthésie pour permettre à nouveau l’écoulement des urines (en repoussant le bouchon muqueux ou les calculs éventuellement présents) : il introduit pour cela une petite sonde urinaire depuis l’abouchement de l’urètre à l’extrémité du pénis en direction de l’intérieur de la vessie. Au cours de l’hospitalisation, le chat reste sous perfusion dans le but de corriger les déséquilibres hydro-électrolytiques qu’avait provoqués l’accumulation des urines et de lutter contre le choc.

 

 


Sonde Urinaire

 

À ces traitements sont ajoutés : des antalgiques, des analgésiques pour lutter contre la douleur ainsi que des antibiotiques si une infection bactérienne initiale ou secondaire à la pose de la sonde a été diagnostiquée. Des spasmolytiques urinaires pour atténuer la douleur et les spasmes peuvent également être utilisés. Si des cristaux de struvite ont été décelés et ont causé l’obstruction, un acidifiant urinaire sera préconisé. La sonde est généralement maintenue en place en moyenne 48 heures après quoi on vérifie que les analyses sanguines sont redevenues normales et que le chat urine normalement avant de décider de son retrait.

 

À noter que dans certains cas, par exemple lors de présence de cristaux d’oxalate de calcium, le vétérinaire peut choisir d’ouvrir la vessie (on parle de cystotomie) pour retirer les cristaux car ce type de cristaux ne s’élimine pas par un simple changement d’alimentation.

Lutter contre les facteurs favorisants : prévention des récidives

L’alimentation influe sur le pH urinaire et la quantité de minéraux présents dans les urines. Si des cristaux ont été mis en évidence par le vétérinaire, il prescrira des aliments spécifiques ayant pour but de maintenir les urines à un pH bien précis, défavorable à la formation de tous types de cristaux et calculs. Cette alimentation sera de préférence distribuée sous forme humide (pâtées ou sachets fraîcheur) afin de diluer davantage les urines et ainsi favoriser l’élimination des cristaux et diminuer leur formation.


La faible absorption d’eau de boisson peut également participer de l’apparition des symptômes. La multiplication des points d’eau (plusieurs gamelles, fontaine à eau…) incitera le chat à boire davantage.
Enfin, manque d’activité et surpoids sont, eux aussi, des facteurs favorisant l’apparition de troubles urinaires. Il faudrait donc inciter le chat à jouer davantage et surveiller régulièrement son poids avec votre vétérinaire.

 

Auteur : Dr. Yoann Desir et illustratrice : Dr. Caroline Allard – Vetup®

La Cheyletiellose

La Cheylétiellose est une affection parasitaire liée à la présence d’acariens microscopiques, les cheylétielles, présents à la surface de la peau d’un animal (chien, chat, lapin peuvent être contaminés). Ces parasites se nourrissent, à leur stade adulte, de kératine, de débris cutanés et d’autres parasites.